Le food cost est simple à définir et presque toujours mal utilisé. C’est le coût des ingrédients rapporté au prix de vente, et la version qui compte n’est pas le pourcentage global de votre restaurant mais celui de chaque plat. Un établissement à 32 % au total peut parfaitement perdre de l’argent sur ses trois meilleures ventes. Voici une fiche technique déroulée ligne par ligne, puis ce qu’on en fait chaque semaine.

En bref
- Food cost = coût matière ÷ prix de vente, calculé plat par plat, jamais seulement en global.
- Le global cache le problème. Il mélange vos plats rentables et ceux qui vous coûtent de l’argent.
- Une fiche technique se fait à la balance, pas de mémoire : la dérive des portions est la première cause de perte.
- Le prix d’achat doit venir de vos factures, réactualisé quand le fournisseur bouge, sinon la fiche ment.
- Ce qui compte au final, c’est la marge en dirhams, pas le pourcentage : un plat à 40 % peut rapporter plus qu’un plat à 25 %.
Une fiche technique, déroulée sur un tajine
Voici le calcul complet pour une portion. Les prix d’achat ci-dessous sont un exemple destiné à montrer la méthode : remplacez-les par ceux de vos propres factures, ce sont les seuls qui rendent le résultat vrai.
| L’ingrédient | Quantité | Prix d’achat | Coût dans l’assiette |
|---|---|---|---|
| Cuisse et haut de cuisse de poulet | 350 g | 45 DH le kilo | 15,75 DH |
| Olives vertes dénoyautées | 40 g | 60 DH le kilo | 2,40 DH |
| Citron confit | 20 g | 50 DH le kilo | 1 DH |
| Oignon | 80 g | 6 DH le kilo | 0,48 DH |
| Huile d’olive | 20 ml | 70 DH le litre | 1,40 DH |
| Épices, ail, coriandre | — | forfait | 1,20 DH |
| Pain | 1 pièce | 1,50 DH la pièce | 1,50 DH |
| Coût matière de l’assiette | 23,73 DH |
Avec un prix de vente de 70 DH, le food cost de ce plat est de 23,73 DH ÷ 70 DH, soit 33,9 %, et la marge brute de 46,27 DH par assiette. Retenez les deux nombres : le pourcentage sert à comparer les plats entre eux, les dirhams servent à payer le loyer.
Les quatre choses qui font dériver un food cost
La fiche est juste le jour où vous l’écrivez. Ce qui la rend fausse ensuite est toujours l’une de ces quatre causes, dans cet ordre de fréquence.
- La dérive des portions : Personne ne pèse, et la louche grossit doucement. Vingt grammes de viande en trop sur un plat vendu cent fois par semaine, c’est plusieurs milliers de dirhams par an. C’est la cause numéro un, et la moins visible parce qu’elle n’a l’air de rien assiette par assiette.
- La perte et la casse : Parures, brûlé, invendu du soir, erreurs de commande, repas du personnel non comptés. Tout cela est du coût matière qui n’a produit aucune vente, et qui reste invisible tant qu’on ne l’enregistre pas.
- Le prix d’achat qui bouge : Une fiche calculée en janvier avec un poulet à un prix et jamais revue est un document de fiction en juin. C’est la raison pour laquelle les prix d’achat doivent entrer dans le logiciel à la réception, pas de mémoire.
- Le menu mix : Vos clients ne commandent pas à parts égales. Si vos deux plats les plus vendus sont aussi les moins rentables, votre food cost global montera sans qu’aucune fiche ne soit fausse.
Construire vos fiches, plat par plat
Comptez une heure pour vos dix plats les plus vendus. C’est suffisant : ils font en général l’essentiel de votre chiffre.
- Listez vos dix meilleures ventes depuis le rapport de votre caisse, pas de mémoire. La liste surprend presque toujours.
- Pesez une portion réelle de chaque ingrédient, celle que le cuisinier sert vraiment, pas celle de la recette d’origine.
- Reprenez les prix d’achat sur vos dernières factures, et notez l’unité : au kilo, au litre, à la pièce.
- Ajoutez un forfait pour les épices, l’huile de cuisson et les petites choses qu’on ne pèse pas. Un montant approximatif vaut mieux qu’un oubli.
- Calculez le coût, le ratio et la marge en dirhams, et écrivez les trois sur la fiche.
- Classez vos plats sur deux colonnes : ce qu’ils rapportent par assiette, et combien vous en vendez. Les décisions intéressantes sont à l’intersection.
Ce classement est le vrai livrable. Un plat à faible marge que vous vendez trois fois par semaine ne mérite pas votre attention ; le même plat vendu cent fois est un problème de première importance, et souvent réglable par cinq dirhams de prix ou vingt grammes de portion.

Le pourcentage global est un piège
Un food cost global de 30 % ne dit pas que votre carte est saine : il dit que la moyenne est saine. Elle peut parfaitement résulter d’une boisson à 12 % qui compense un plat à 48 %. Or c’est le plat qui remplit la salle et la boisson qui suit. Calculez toujours par plat avant de regarder la moyenne, sinon vous optimiserez le mauvais bout de la carte.
Ce qui complique le calcul au Maroc
La saisonnalité des prix, d’abord. Les produits frais varient fortement dans l’année, et le Ramadan déplace à la fois la demande et le prix de plusieurs matières premières en même temps. Une fiche technique n’a donc de sens que datée : notez le mois du calcul sur la fiche, et refaites vos dix plats principaux deux à trois fois par an plutôt qu’une fois pour toutes.
L’achat au comptant, ensuite. Une partie des approvisionnements se fait au marché ou chez un grossiste sans document exploitable, et le prix payé disparaît si personne ne le note. C’est le point de rupture de toute la méthode : sans prix d’achat, il n’y a ni coût matière, ni marge, ni décision possible. Prenez l’habitude de saisir la quantité et le prix dans la caisse au moment de la réception, même sans facture en bonne et due forme.
La routine hebdomadaire, en vingt minutes
La fiche technique est un point de départ. C’est la répétition qui protège la marge.
- Relevez vos dix meilleures ventes de la semaine dans le rapport de caisse et comparez au classement précédent.
- Vérifiez deux portions au hasard à la balance, en plein service, pas le matin au calme.
- Notez les pertes de la semaine : casse, invendus, erreurs. C’est le poste qu’on ne réduit qu’après l’avoir mesuré.
- Contrôlez les prix d’achat qui ont bougé sur les trois ou quatre matières les plus lourdes de votre carte.
- Corrigez une seule chose : un prix, une portion, ou un plat retiré de la carte. Une par semaine tient dans la durée.
Les erreurs à éviter
- Ne calculer que le food cost global. Il vous dira que tout va bien jusqu’au jour où plus rien ne va.
- Écrire la fiche de mémoire au lieu de peser ce qui est réellement servi.
- Oublier les pertes. Elles n’apparaissent nulle part et se paient partout.
- Raisonner en pourcentage seulement. Un plat à 40 % qui dégage quarante dirhams vaut mieux qu’un plat à 25 % qui en dégage quinze.
- Ne jamais réactualiser les prix d’achat. Une fiche de l’an dernier est une opinion, pas un calcul.
Questions fréquentes
Comment calculer le food cost d’un plat ?
Additionnez le coût de chaque ingrédient dans la portion réellement servie, en convertissant le prix d’achat à la quantité utilisée, puis divisez ce coût matière par le prix de vente. Sur l’exemple de cet article, 23,73 DH de matière pour un plat vendu 70 DH donne un food cost de 33,9 % et une marge brute de 46,27 DH.
Quel est un bon food cost en restauration ?
Il n’existe pas un seul bon chiffre : il dépend du type d’établissement, de la catégorie de produit et de votre structure de coûts. Les boissons sont presque toujours très en dessous des plats, ce qui tire la moyenne vers le bas. Comparez surtout vos plats entre eux et suivez l’évolution de chacun dans le temps, plutôt que de viser un pourcentage entendu quelque part.
Pourquoi mon food cost augmente-t-il sans raison ?
Quatre causes, par ordre de fréquence : les portions ont grossi, les pertes ne sont pas enregistrées, un prix d’achat a monté sans que la fiche soit revue, ou vos clients se sont déplacés vers les plats les moins rentables. Les trois premières se vérifient en une heure, la quatrième se lit dans le rapport des meilleures ventes.
Faut-il peser toutes les portions ?
Non, mais il faut peser celles qui pèsent dans le résultat : les protéines et tout ingrédient cher. Deux contrôles au hasard par semaine, en plein service, suffisent à tenir la dérive, et c’est bien plus efficace qu’un contrôle exhaustif fait une fois puis abandonné.
Comment suivre le food cost sans logiciel compliqué ?
Il faut trois choses : le classement de vos meilleures ventes, vos prix d’achat enregistrés à la réception, et un endroit où noter les pertes. Une caisse qui garde l’historique des ventes et les prix d’achat fournit déjà les deux premières, et la troisième est une habitude, pas un outil.
À retenir
Le food cost n’est pas un pourcentage à afficher, c’est une décision à prendre plat par plat. Pesez ce que vous servez vraiment, prenez vos prix sur vos factures, calculez la marge en dirhams autant que le ratio, et croisez le tout avec le nombre de fois où chaque plat sort. La carte se corrige alors toute seule : on garde ce qui rapporte, on ajuste ce qui se vend beaucoup pour peu, et on retire le reste.
Vos meilleures ventes sont déjà dans la caisse
BelloPOS garde l’historique de chaque vente, les prix d’achat saisis à la réception et le classement de vos meilleures ventes : les trois chiffres dont une fiche technique a besoin. Le module restaurant ajoute le plan de salle et l’écran de cuisine.
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