Vous avez recruté un vendeur il y a dix jours et ça ne va pas. Vous vous dites qu’on est encore à l’essai, donc que vous pouvez le remercier demain matin sans rien devoir. C’était vrai jusqu’au septième jour : passé une semaine de travail, l’article 13 du Code du travail impose un préavis de deux ou huit jours selon la périodicité de la paie, sauf faute grave.

L’essentiel en cinq points
- La durée dépend de la catégorie : en CDI, trois mois pour les cadres et assimilés, un mois et demi pour les employés, quinze jours pour les ouvriers.
- Le renouvellement est unique : la période d’essai ne se renouvelle qu’une seule fois, jamais deux.
- En CDD, l’essai est bien plus court : un jour par semaine travaillée dans la limite de deux semaines pour un contrat de moins de six mois, un mois au-delà.
- La première semaine est la seule vraie liberté : avant elle, chacun peut rompre sans préavis ni indemnité ; après elle, il faut un préavis.
- Le contrat peut raccourcir, jamais rallonger : un accord, une convention collective ou le règlement intérieur peuvent prévoir moins, pas plus.
1. Combien de temps dure l’essai
L’article 14 du Code du travail fixe les durées maximales, et elles ne dépendent ni du poste que vous avez inventé ni de la taille de l’entreprise : elles dépendent de la catégorie professionnelle du salarié et de la nature du contrat.
| Situation | Durée maximale de l’essai | Renouvellement |
|---|---|---|
| CDI — cadres et assimilés | 3 mois | Une seule fois |
| CDI — employés | 1 mois et demi | Une seule fois |
| CDI — ouvriers | 15 jours | Une seule fois |
| CDD de moins de six mois | 1 jour par semaine travaillée, sans dépasser 2 semaines | Non prévu par l’article 14 |
| CDD de plus de six mois | 1 mois | Non prévu par l’article 14 |
Ces durées sont des plafonds. Le contrat de travail, une convention collective ou le règlement intérieur peuvent prévoir des périodes plus courtes ; aucun de ces textes ne peut prévoir plus long. Une clause qui annonce six mois d’essai pour un employé ne rallonge rien : elle affiche simplement une durée que le Code ne reconnaît pas.
Le renouvellement, lui, n’est possible qu’une seule fois. Un employeur qui prolonge une deuxième fois parce qu’il « n’est toujours pas sûr » sort du cadre légal, et se retrouve à rompre un contrat qui n’est plus à l’essai avec les règles qu’il croyait éviter.
2. Conduire l’essai pour qu’il serve à quelque chose
Le Code fixe une durée, pas un contenu : il ne dit pas ce que la période d’essai doit comporter, ni comment elle doit être suivie. C’est donc au contrat et à vous de le décider, et une période d’essai qui ne sert à rien est une période d’essai qu’on n’a pas organisée.
- Écrivez la période d’essai dans le contrat, avec sa durée : elle est encadrée par la loi, mais c’est le contrat qui la met en place.
- Notez la date exacte du premier jour travaillé : tous les calculs, y compris celui de la première semaine, partent de là.
- Décidez au départ ce que vous observez : vitesse en caisse, tenue du stock, ponctualité, relation client — nommez trois ou quatre points, pas quinze.
- Prévoyez un point à mi-parcours plutôt qu’un verdict à la fin : c’est le seul moment où une correction est encore possible.
- Gardez une trace écrite de ce que vous constatez, au fil de l’eau, même deux lignes par semaine.
- Si vous renouvelez, faites-le avant l’expiration et une seule fois : un renouvellement décidé après coup ne rattrape pas une période déjà terminée.
Le Code ne dit rien de la forme du renouvellement ni des entretiens : il est silencieux, et ce silence se règle dans le contrat. Écrivez-y comment le renouvellement est notifié et sous quel délai, faute de quoi vous discuterez sur des souvenirs.
3. Y mettre fin : la règle que les employeurs ratent
L’article 13 est le cœur du sujet, et il se lit en deux temps. Pendant la période d’essai, chacune des deux parties peut rompre le contrat sans préavis ni indemnité. Mais cette liberté totale ne dure pas toute la période.
- Moins d’une semaine de travail : La rupture peut intervenir sans préavis et sans indemnité, par l’employeur comme par le salarié. C’est la seule fenêtre où « on est à l’essai, donc rien n’est dû » est exact.
- Après au moins une semaine de travail : La rupture à l’initiative de l’employeur, en dehors de la faute grave, suppose un préavis : deux jours si le salarié est payé à la journée, à la semaine ou à la quinzaine ; huit jours s’il est payé au mois.
- En cas de faute grave : Le préavis n’est pas exigé, y compris après la première semaine. Mais c’est la faute grave qui doit exister réellement, pas le besoin d’aller vite.
- Après l’expiration de la période d’essai : On n’est plus dans l’essai : le licenciement du salarié, hors faute grave, suppose un préavis d’au moins huit jours.
La ligne qui coûte de l’argent est la deuxième. Beaucoup d’employeurs retiennent « pendant l’essai, pas de préavis » et s’arrêtent là. Le texte dit autre chose : la dispense de préavis vaut pour la toute première semaine de travail, et ensuite le délai réapparaît, court mais réel, et calé sur la façon dont vous payez le salarié.
Deux jours ou huit jours, cela paraît peu. C’est pourtant la différence entre une fin de collaboration propre et un litige où l’on vous demandera de justifier une rupture immédiate que rien ne rendait immédiate.
« On est à l’essai, je peux le remercier demain » : faux dès le huitième jour
C’est l’erreur la plus fréquente et la plus chère de tout le sujet. L’article 13 autorise bien une rupture sans préavis ni indemnité pendant la période d’essai, mais il ajoute immédiatement une condition que presque personne ne retient : après au moins une semaine de travail, une rupture décidée par l’employeur en dehors de la faute grave exige un préavis de deux jours pour un salarié payé à la journée, à la semaine ou à la quinzaine, et de huit jours pour un salarié payé au mois. Une rupture immédiate au bout de trois semaines, sans faute grave, ne se défend pas.
4. Le calendrier, du premier jour à la sortie
Reprenons un cas concret : un employé payé au mois, embauché en CDI le 2 du mois. La période d’essai maximale est d’un mois et demi, et le compteur des préavis se déclenche bien avant.
- Jour 1 : le contrat commence, la période d’essai court, la date est notée.
- Jours 1 à 7 : rupture possible de part et d’autre sans préavis ni indemnité.
- À partir de la deuxième semaine : rompre hors faute grave suppose huit jours de préavis, puisque ce salarié est payé au mois.
- Vers la moitié de la période : le point de mi-parcours, écrit, qui dit ce qui va et ce qui ne va pas.
- Avant l’expiration : soit vous confirmez, soit vous rompez, soit vous renouvelez — une seule fois.
- Après l’expiration : la période d’essai est finie, et un licenciement hors faute grave suppose au moins huit jours de préavis.
Si vous hésitez encore sur le type de contrat lui-même, la question se pose avant celle-ci : notre guide CDI ou CDD explique pourquoi le doute sur une personne se traite par la période d’essai et non par un contrat court.
Les erreurs à éviter
- Annoncer six mois d’essai à un employé alors que le maximum légal est d’un mois et demi.
- Renouveler la période d’essai une deuxième fois, alors qu’un seul renouvellement est possible.
- Croire que la dispense de préavis vaut pendant toute la période d’essai et non pour la seule première semaine.
- Appliquer huit jours de préavis à un salarié payé à la quinzaine, ou deux jours à un salarié payé au mois.
- Ne noter nulle part la date du premier jour travaillé, puis discuter du décompte après coup.
- Laisser la période d’essai expirer sans rien décider, puis rompre comme si on y était encore.
Questions fréquentes
Quelle est la durée maximale de la période d’essai en CDI ?
Trois mois pour les cadres et assimilés, un mois et demi pour les employés, quinze jours pour les ouvriers. Ce sont des maximums fixés par l’article 14 : le contrat peut prévoir moins, jamais plus.
Peut-on renouveler une période d’essai ?
Oui, mais une seule fois. Un second renouvellement n’est pas prévu, et le contrat qui se poursuit au-delà n’est plus un contrat à l’essai : il se rompt alors selon les règles applicables après l’expiration.
Faut-il un préavis pour rompre pendant l’essai ?
Pas pendant la première semaine de travail : la rupture peut intervenir sans préavis ni indemnité. Après au moins une semaine, et hors faute grave, il faut deux jours de préavis si le salarié est payé à la journée, à la semaine ou à la quinzaine, et huit jours s’il est payé au mois.
Combien de temps dure l’essai dans un CDD ?
Pour un contrat de moins de six mois, un jour par semaine travaillée sans dépasser deux semaines. Pour un contrat de plus de six mois, un mois. C’est nettement plus court qu’en CDI.
Que se passe-t-il une fois la période d’essai expirée ?
On sort du régime de l’essai. Le licenciement du salarié, en dehors de la faute grave, suppose un préavis d’au moins huit jours, et la rupture obéit aux règles de droit commun du contrat.
À retenir
Écrivez la période d’essai dans le contrat avec la bonne durée selon la catégorie, notez la date du premier jour travaillé, et marquez dans votre agenda le septième jour : c’est là que la liberté de rompre sans préavis s’arrête. Fixez un point à mi-parcours pour décider en connaissance de cause, et tranchez avant l’expiration — confirmer, rompre avec le préavis dû, ou renouveler une fois.
Sources
Les chiffres et les règles cités ci-dessus viennent de ces pages, consultées à la date indiquée dans l’article.
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