Une rupture ne se décide pas le jour où le rayon est vide : elle se décide le jour où vous auriez dû commander. Le seuil de réassort, c’est vos ventes par jour multipliées par le délai de votre fournisseur, plus une réserve de sécurité. Sur le produit travaillé plus bas : 12 par jour, 5 jours de délai, 3 jours de sécurité, donc on commande à 96 unités. En dessous de ce chiffre, vous serez en rupture avant la livraison. Très au-dessus, vous financez du stock qui dort.

En bref
- Seuil = (ventes par jour × délai) + sécurité. Ici (12 × 5) + 36 = 96 unités.
- Le délai est le vôtre, pas celui du commercial. Mesurez-le sur vos trois dernières livraisons.
- Le stock de sécurité est une décision, pas un calcul. Il se paie en trésorerie immobilisée.
- Un seuil par produit, sur les vingt références qui font votre chiffre. Pas sur les huit cents autres.
- Le seuil vit dans la caisse, pas dans votre tête : c’est une alerte, pas un souvenir.
Les quatre chiffres, et où les lire vraiment
Trois se mesurent, un se décide. Confondre les deux est l’erreur qui produit à la fois les ruptures et le surstock.
| Le chiffre | Ce que c’est | Où le lire |
|---|---|---|
| Ventes moyennes par jour | Combien part par jour, en moyenne, sur quatre semaines. | Le rapport des ventes par produit, pas la mémoire. |
| Délai de livraison | Du bon de commande à la mise en rayon, pas à l’arrivée du camion. | Vos trois dernières livraisons, datées. |
| Stock de sécurité | Ce que vous acceptez d’immobiliser pour absorber un retard. | Une décision de gestion. Personne ne peut vous la donner. |
| Stock réel en rayon | Ce qu’il y a, réserve comprise, maintenant. | La fiche produit, si votre stock est tenu à jour. |
Le quatrième est le piège. Un seuil calculé sur un stock théorique faux ne déclenche rien au bon moment : il alerte trop tôt sur les produits que vous croyez avoir et trop tard sur ceux qui sont déjà partis. C’est la raison pour laquelle le réassort dépend de l’inventaire, et la raison pour laquelle nous avons écrit d’abord comment compter un rayon sans fermer.
Le calcul, sur un produit
Prenons une référence qui tourne bien : elle se vend 84 unités par semaine et votre fournisseur livre en 5 jours. Vous le commandez tous les 7 jours.
| Ligne | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| Ventes moyennes par jour | 84 vendus sur 7 jours | 12 par jour |
| Délai du fournisseur | commandé lundi, en rayon samedi | 5 jours |
| Couverture de sécurité | 3 jours, une décision | 36 unités |
| Seuil de commande | (12 × 5) + 36 | 96 unités |
| Niveau cible | (12 × (5 + 7)) + 36 | 180 unités |
| Quantité à commander | 180 − 96 | 84 unités |
Lisez la ligne en gras : à 96 unités en rayon, vous commandez. Pendant les 5 jours de livraison, il s’en vendra environ 60, et vous toucherez le fond du stock de sécurité sans être en rupture. Vous commandez 84 unités, ce qui vous remet à 180 : de quoi tenir jusqu’à la prochaine commande, plus le délai, plus la sécurité.
Maintenant le prix de cette tranquillité, parce que c’est la moitié de la question. À 9 DH d’achat l’unité, pris comme exemple, ces 36 unités de sécurité représentent 324 DH qui dorment en permanence sur cette seule référence. Sur 40 références gérées de la même façon, ce sont 12 960 DH immobilisés dans le magasin. C’est un choix légitime, mais il doit être fait les yeux ouverts : chaque jour de sécurité en plus se paie en trésorerie.
En faire une alerte, pas un post-it
Six étapes, une seule fois par produit. Ensuite le logiciel travaille à votre place.
- Sortez le classement des ventes sur les quatre dernières semaines et gardez les vingt premières références. Elles font l’essentiel du chiffre et ce sont les seules qui méritent ce travail.
- Pour chacune, divisez les ventes par le nombre de jours d’ouverture, pas par 30. Un commerce fermé le vendredi midi n’a pas trente jours de vente dans un mois.
- Datez vos trois dernières livraisons chez ce fournisseur et retenez le délai le plus long, pas la moyenne.
- Choisissez la couverture de sécurité : deux jours pour un fournisseur régulier en ville, davantage pour un import ou une livraison hebdomadaire unique.
- Saisissez le seuil dans la fiche produit de votre logiciel de caisse, en stock minimum ou stock d’alerte selon le nom qu’il lui donne.
- Regardez la liste d’alertes le même jour chaque semaine, avant de passer commande. Une alerte que personne ne lit ne sert à rien.
L’étape 2 est celle qui fausse tout le reste quand elle est faite vite. Diviser un mois de ventes par 30 sur un commerce ouvert 26 jours sous-estime la vente quotidienne de 13 %, et un seuil sous-estimé de 13 % est une rupture par trimestre.

Un seuil n’est pas une commande automatique
BelloPOS vous alerte quand un produit passe sous son seuil et vous sort la liste ; il ne passe pas la commande, ne connaît pas vos fournisseurs et ne négocie rien. C’est volontaire : le réassort automatique demande des catalogues fournisseurs à jour que presque aucun grossiste marocain ne publie. Si un éditeur vous promet une commande automatique, demandez avec quel fournisseur elle fonctionne réellement, et sur quel catalogue.
Ce qui décale les calculs au Maroc
Le délai fournisseur, d’abord, est rarement une constante. Entre un grossiste de la ville qui livre le lendemain, un dépôt régional à trois jours et un import qui prend des semaines, le même magasin gère trois délais très différents dans le même rayon. C’est le délai le plus long qui décide du seuil, pas le délai moyen : la moyenne vous met en rupture une fois sur deux.
Ensuite, la saisonnalité forte. Le Ramadan, les deux Aïd et la rentrée déplacent les ventes quotidiennes d’un facteur qu’aucune moyenne sur quatre semaines n’anticipe. La règle est simple : recalculez les seuils des références concernées trois semaines avant la saison, avec les ventes de la même période l’année précédente, puis remettez-les au niveau normal après. Le suivi hebdomadaire décrit dans nos chiffres à regarder chaque semaine sert exactement à repérer ce moment.
Enfin l’achat comptant. Beaucoup de commerces marocains achètent au marché de gros en espèces, ce qui plafonne la commande à ce qu’il y a en caisse ce matin-là. Dans ce cas le seuil sert surtout à choisir : la liste d’alertes classée par rotation vous dit quelles références doivent passer avant les autres quand le budget du jour ne couvre pas tout.
Les produits qui n’ont pas besoin de seuil
Calculer un seuil sur huit cents références est une façon efficace de n’en tenir aucune.
- Le périssable court : il se commande sur la vente de la veille, pas sur un seuil.
- Les pièces uniques : bijou, artisanat, vêtement en taille unique. Le seuil n’a aucun sens.
- La fin de série : le but est de ne pas en racheter.
- Les articles à très faible rotation : une vente par trimestre se gère à la demande, pas en stock.
- Ce que le fournisseur livre le jour même : le délai est nul, donc le seuil aussi.
Les erreurs à éviter
- Prendre le délai promis plutôt que le délai constaté sur vos propres bons de livraison.
- Diviser par 30 jours un mois où le magasin a ouvert 26 jours.
- Un seuil unique pour tout le magasin. Le lait et la batterie de voiture n’ont pas le même délai ni la même rotation.
- Calculer un seuil sur un stock théorique faux. Comptez d’abord, calculez ensuite.
- Gonfler la sécurité par confort. Chaque jour ajouté se paie en trésorerie immobilisée, et cela se chiffre.
Questions fréquentes
Comment calculer un seuil de réassort ?
Ventes moyennes par jour multipliées par le délai de livraison, plus le stock de sécurité. Dans l’exemple de cet article : 12 unités par jour × 5 jours de délai = 60, plus 36 unités de sécurité, soit un seuil de 96 unités. Quand le rayon descend à ce niveau, vous commandez.
Quelle quantité commander une fois le seuil atteint ?
De quoi remonter au niveau cible, qui couvre le délai plus l’intervalle entre deux commandes plus la sécurité : (12 × (5 + 7)) + 36 = 180 unités. En partant du seuil de 96, cela fait 84 unités à commander.
Combien de jours de stock de sécurité faut-il ?
C’est une décision, pas un calcul : deux à trois jours pour un fournisseur régulier livrant en ville, davantage pour un import ou une livraison hebdomadaire unique. Chaque jour ajouté est de la trésorerie immobilisée : à 9 DH l’unité et 12 ventes par jour, un jour de sécurité en plus coûte 108 DH sur cette seule référence.
Faut-il un seuil sur tous les produits ?
Non. Faites-le sur les vingt à trente références qui font l’essentiel de votre chiffre, et laissez le reste au jugé. Un périssable court, une pièce unique ou une fin de série ne se gèrent pas au seuil.
Une caisse peut-elle commander toute seule ?
BelloPOS alerte et sort la liste des produits sous leur seuil ; il ne passe pas la commande. Le réassort réellement automatique suppose un catalogue fournisseur électronique à jour, ce que très peu de grossistes marocains publient aujourd’hui.
À retenir
Le réassort au jugé coûte deux fois : en ventes perdues quand le rayon est vide, et en trésorerie quand il est trop plein. Le remède tient en une soirée de travail : vos vingt meilleures références, quatre semaines de ventes, le délai réel de chaque fournisseur, une décision de sécurité assumée, et un seuil saisi dans la fiche produit. Ensuite, la seule discipline qui reste est de regarder la liste d’alertes le même jour chaque semaine.
Le seuil dans la fiche produit, l’alerte au bon moment
BelloPOS tient un stock minimum par produit, sort la liste des références passées sous leur seuil et met le stock à jour à chaque vente et à chaque réception. Licence Lite gratuite à vie, entièrement hors ligne.
Pour aller plus loin
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