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Le report déficitaire au Maroc : quatre exercices, sauf pour la part amortissements

Un déficit ne se reporte pas d’un bloc. L’article 12 le coupe en deux : la part ordinaire s’éteint au bout de quatre exercices, la part amortissements ne s’éteint jamais.

Par BelloCommerce

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Votre entreprise a perdu de l’argent pendant trois exercices, elle redevient bénéficiaire, et votre comptable vous annonce que le déficit le plus ancien est sur le point d’être perdu. C’est vrai pour une partie du déficit seulement : l’article 12 du CGI coupe le déficit reportable en deux composantes, et celle qui correspond aux amortissements régulièrement comptabilisés se reporte sans aucune limite de temps. Toute la question est de savoir combien de votre déficit tombe dans chacune des deux.

Plusieurs exercices comptables comparés sur un même bureau
Plusieurs exercices comptables comparés sur un même bureau.

L’essentiel en cinq points

  • Le report déficitaire est régi par l’article 12 du CGI. Un déficit d’un exercice s’impute sur les bénéfices des exercices suivants.
  • La part ordinaire se reporte sur quatre exercices. Elle peut être imputée jusqu’au quatrième exercice qui suit l’exercice déficitaire, puis elle est perdue.
  • La part correspondant aux amortissements régulièrement comptabilisés se reporte sans limite de temps. Aucune échéance ne l’éteint.
  • Une entreprise très amortie conserve donc bien plus de déficit utile qu’une lecture naïve de la règle des quatre ans ne le laisse croire.
  • Sauter un amortissement en année déficitaire détruit la partie illimitée du report : le déficit correspondant ne devient rien du tout.

1. Ce que fait vraiment l’article 12

La plupart des dirigeants retiennent une seule phrase : « un déficit se reporte quatre ans ». Cette phrase est incomplète, et l’incomplétude joue systématiquement contre l’entreprise, parce que la partie oubliée est précisément celle qui ne s’éteint jamais.

Composante du déficitCe qui la constitueDurée de report
La part ordinaireLe déficit hors amortissements de l’exerciceJusqu’au quatrième exercice suivant
La part amortissementsLe déficit correspondant aux amortissements régulièrement comptabilisésSans limite de temps

Le déficit d’un exercice n’est donc pas un montant unique qui vieillit d’un seul mouvement. C’est un montant qui se décompose dès sa naissance, et cette décomposition doit être suivie exercice par exercice dans un état dédié, sans quoi vous serez incapable de justifier plus tard quelle fraction reste imputable.

Ce mécanisme s’applique à la détermination du résultat fiscal à partir du résultat comptable. À noter au passage : le régime du net simplifié écarte le report déficitaire de sa détermination, donc ce qui suit ne concerne que les entreprises qui déterminent un résultat net réel.


2. La part ordinaire : quatre exercices, puis plus rien

La fraction du déficit qui ne correspond pas aux amortissements suit une horloge stricte. Elle s’impute sur les bénéfices des exercices suivants, et au plus tard sur le quatrième exercice qui suit celui au cours duquel elle est née.

  1. L’exercice N est déficitaire : la part ordinaire du déficit est identifiée et reportée.
  2. Si l’exercice N+1 est bénéficiaire, elle s’impute sur ce bénéfice, en tout ou en partie.
  3. Le solde non imputé continue à se reporter sur N+2, puis N+3.
  4. N+4 est la dernière chance : le solde encore présent s’impute sur ce bénéfice.
  5. Au-delà, la fraction ordinaire non imputée est définitivement perdue.

La conséquence pratique est qu’une longue série d’exercices déficitaires coûte plus cher qu’une seule mauvaise année. Chaque année de perte supplémentaire éloigne le retour au bénéfice, donc rapproche l’échéance de la part ordinaire des déficits les plus anciens, qui expirent avant d’avoir jamais rencontré un bénéfice à absorber.

3. La part amortissements : illimitée, mais sous condition

C’est le cœur du sujet, et la seule bonne nouvelle du dispositif. La fraction du déficit qui correspond aux amortissements régulièrement comptabilisés échappe à la limite de quatre exercices : elle reste imputable sans échéance. Deux mots portent toute la règle.

  • Régulièrement : L’amortissement doit avoir été pratiqué selon les règles : base correcte, taux cohérent avec la durée d’utilisation du bien, application constante d’un exercice à l’autre. Un amortissement irrégulier n’ouvre pas le report illimité.
  • Comptabilisé : L’amortissement doit avoir été effectivement enregistré en comptabilité au titre de l’exercice concerné. Ce n’est pas une déduction qui se réclame après coup : elle existe si l’écriture existe, et elle n’existe pas sinon.
  • Chaque exercice : La dotation se pratique tous les ans, y compris pendant les années de perte. C’est exactement là que la plupart des entreprises se pénalisent elles-mêmes, en croyant préserver leur présentation.
  • Traçable : Vous devez pouvoir montrer, pour chaque exercice déficitaire, quel montant d’amortissement a été doté. C’est ce montant qui délimite la fraction du déficit qui ne s’éteindra jamais.

Pour une entreprise qui a investi lourdement — un local aménagé, une chaîne de froid, un parc de véhicules, du matériel de production — les dotations représentent une part considérable du déficit des premières années. Dans ce cas de figure, la règle des quatre ans ne mord que sur une petite partie du report, et l’essentiel du déficit reste disponible aussi longtemps qu’il faudra pour l’absorber.

Autrement dit, la discipline consistant à passer ses amortissements tous les ans n’est pas seulement une exigence comptable de fidélité des comptes. C’est une décision fiscale dont l’effet se mesure en impôt sur les sociétés économisé plusieurs années plus tard.

Ne pas doter les amortissements d’une année de perte

C’est l’erreur la plus coûteuse du sujet, et elle est presque toujours commise de bonne foi. L’exercice est déficitaire, passer la dotation aggrave le déficit affiché, alors on la saute « pour cette année ». Résultat : la charge n’est pas comptabilisée, donc elle n’entre pas dans la part du déficit qui se reporte sans limite de temps, et vous n’avez pas non plus créé de part ordinaire supplémentaire durable, puisque celle-ci s’éteindra au quatrième exercice. Vous avez transformé un report illimité en rien du tout, pour améliorer une présentation que votre banquier lira de toute façon avec les annexes sous les yeux.

4. L’ordre d’imputation, et pourquoi il compte

Quand un exercice bénéficiaire se présente et que vous disposez de plusieurs déficits reportables, l’ordre dans lequel vous les consommez n’est pas neutre. Le principe de bon sens est simple : consommez d’abord ce qui va périmer.

Ce que vous imputez en premierPourquoiCe que vous préservez
La part ordinaire la plus ancienneC’est elle qui est la plus proche de son quatrième exerciceUne fraction qui allait disparaître
Puis les parts ordinaires plus récentesElles ont encore des exercices devant ellesDu temps pour les suivantes
La part amortissements en dernierElle ne se périme jamaisUn report utilisable sans échéance

Le raisonnement tient en une phrase : dépenser en premier ce qui a une date de péremption, garder en dernier ce qui n’en a pas. Imputer d’abord la part amortissements sur un bénéfice modeste revient à laisser expirer, l’année suivante, une part ordinaire que ce même bénéfice aurait pu absorber.

Les modalités concrètes de suivi, le contenu de l’état de report et la façon de présenter l’imputation dans la liasse relèvent de votre comptable ou de votre fiduciaire. Vérifiez avec lui, avant l’arrêté des comptes, que la ventilation entre les deux composantes est bien tenue pour chacun de vos exercices déficitaires.

Les erreurs à éviter

  • Croire que tout déficit se reporte quatre ans, sans distinguer la part amortissements.
  • Sauter la dotation aux amortissements pendant un exercice déficitaire.
  • Ne pas tenir d’état de suivi séparant les deux composantes, exercice par exercice.
  • Imputer la part amortissements avant la part ordinaire et laisser cette dernière expirer.
  • Pratiquer des amortissements irréguliers et croire malgré tout au report illimité.

Questions fréquentes

Combien de temps un déficit se reporte-t-il au Maroc ?

Cela dépend de sa composante. La part ordinaire s’impute sur les bénéfices des exercices suivants, jusqu’au quatrième exercice qui suit l’exercice déficitaire, après quoi elle est perdue. La part correspondant aux amortissements régulièrement comptabilisés se reporte sans limite de temps.

Comment savoir quelle partie de mon déficit est illimitée ?

En reprenant, pour chaque exercice déficitaire, le montant des dotations aux amortissements régulièrement comptabilisées au titre de cet exercice. C’est ce montant qui délimite la fraction non soumise au délai de quatre exercices. Faites établir et conserver cet état par votre comptable.

Puis-je rattraper un amortissement que je n’ai pas passé ?

Le report illimité suppose un amortissement régulièrement comptabilisé au titre de l’exercice concerné. Une dotation omise n’a pas produit cet effet à l’époque, et la question du rattrapage éventuel est technique : elle se traite avec votre comptable, dossier en main, pas par principe général.

Dans quel ordre imputer mes déficits reportables ?

La logique est d’utiliser d’abord ce qui expire. Vous consommez la part ordinaire la plus ancienne, puis les plus récentes, et vous gardez pour la fin la part amortissements, qui n’a pas d’échéance. Confirmez les modalités pratiques avec votre comptable avant de déposer.

À retenir

Ouvrez un état de report déficitaire et tenez-le exercice par exercice, avec deux colonnes : part ordinaire et part amortissements. Passez vos dotations chaque année sans exception, y compris et surtout quand l’exercice est mauvais. Puis, l’année où vous redevenez bénéficiaire, imputez d’abord ce qui va expirer. Ces trois réflexes valent, pour une entreprise qui a beaucoup investi, plusieurs années de déficit utile préservées.

Sources

Les chiffres et les règles cités ci-dessus viennent de ces pages, consultées à la date indiquée dans l’article.

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